Les matins se suivent et, en apparence, se ressemblent. Comme un rituel immuable, Sandrine, Alexandre et Frédéric passent dans les chambres pour nous réveiller. Leur voix douce et suave dans leur chant, la lumière qui filtre quand ils tirent les rideaux, les pas encore hésitants dans le couloir… tout cela compose une routine, presque amusante. Puis vient le petit déjeuner, le pique nique à préparer, les couches de vêtements à enfiler. C’est le moment que choisit Gabrielle pour perdre une dent de lait. Elle fait le tour du groupe pour montrer sa nouvelle dentition.
À 9h37, comme chaque jour, la navette nous attend. Le simple fait d’y monter donne déjà le sentiment que la journée commence vraiment.
Aujourd’hui, une nouveauté : les groupes des intermédiaires et des débutants (qui, à force de progrès, ne le sont plus vraiment) décident de skier ensemble. Une seule équipe, un seul rythme, une seule énergie.
Nous montons par le Chariande Express, puis glissons sur la bleue « Perce‑Neige », suivie de « l’Arête ». La rouge « Crête » nous offre un premier défi avant de déboucher sur la bleue « Sairon ».
Le télésiège Biollaires nous hisse à nouveau vers les hauteurs, et nous redescendons par la piste du même nom. Puis vient le télésiège Gron, la bleue « Marmottes », le détour par le boardercross de l’Oasis, les rires, les essais de dépassements, les petites poussées qui font partie du jeu.
En remontant par la Tête des Saix, nous retrouvons le groupe de Raphaël au sommet de la rouge « Marmotte », balayée par un vent puissant qui soulève la neige comme une poussière d’étoiles. Nous descendons ensuite vers la salle hors sac, au pied de la bleue « Oratoire », pour un déjeuner simple et chaleureux où les voix se mêlent et les corps se réchauffent.
Le groupe de Raphaël : entre vent sauvage et glisse d’exception
Pour les confirmés, la journée a commencé par un enchaînement de contretemps : pistes fermées pour compétition, accès limités… Mais loin de se décourager, ils ont transformé ces obstacles en opportunités. Boardercross, vitesse, virages serrés : un début de matinée en mode « plan B », mais un plan B qui avait du panache.
Puis la magie a opéré. Sur les hauteurs, le vent violent sculptait la neige en un fleuve blanc, fin comme du sable. Une neige rare, presque irréelle, qui coulait sous les skis. Portés par cette sensation unique, ils ont enchaîné Aigle Noir et Paramé trois fois de suite, grisés par la beauté du moment.
Avant le déjeuner, ils ont rejoint toute la classe au sommet de la Marmotte pour une descente commune, un instant de cohésion qui a réchauffé autant que le soleil.
L’après‑midi : quand la montagne décide pour nous
Après le repas, nous reprenons le Chariande Express. Mais au sommet, la montagne nous accueille autrement : le vent se lève, puissant, presque vivant. De gros flocons tombent en rafales, brouillant les contours du paysage. La météo a changé de visage.
Alors que nous descendons la bleue « Perce‑Neige », les pisteurs nous arrêtent. Leur message est clair : le domaine ferme immédiatement pour raisons de sécurité. Il faut rejoindre Morillo n, plus bas.
Nous entamons donc la longue descente de la « Sairon ». La visibilité est faible, parfois réduite à quelques mètres. Le vent fouette les visages, la neige tourbillonne. Et pourtant… quelque chose de beau se produit. Le groupe se resserre, avance par étapes, s’attend, s’encourage. Une solidarité naturelle, presque instinctive, qui réchauffe plus sûrement que n’importe quelle polaire.
Arrivés à Morillon‑Les Esserts, nous rejoignons le point de rassemblement des navettes d’urgence. L’attente est longue (une heure entière) mais personne ne se plaint. Les enfants discutent, rient, se serrent les uns contre les autres pour se protéger du froid. Enfin, un premier bus nous emmène vers Morillon Centre. Puis un second nous ramène au Bérouze, où la chaleur du chalet nous accueille comme un refuge.
Pour le groupe de Raphaël, l’appel de l’Aigle Noir était trop fort : ils l’ont dévalé une dernière fois avant que la station ne ferme définitivement, les yeux brillants et les cheveux remplis de neige.
Une journée qui restera dans les mémoires
Cette quatrième journée de ski n’a pas ressemblé aux autres. Elle a été plus rude, plus imprévisible, mais aussi plus révélatrice. La montagne nous a rappelé qu’elle décide parfois du programme. Et nos jeunes skieurs ont montré une maturité remarquable, un calme précieux, une solidarité qui force l’admiration.
Une journée riche en émotions, en apprentissages, en dépassement de soi. Une journée qui, sans aucun doute, restera gravée dans les souvenirs de tous.
Le retour au chalet : douceur retrouvée
À notre arrivée, un goûter nous attendait, comme une récompense. Puis direction la piscine, où l’énergie est revenue d’un coup : sauts du bord, plongeons depuis les épaules des camarades, éclats de rire qui résonnaient sous la voûte.
Après une tartiflette réconfortante, la soirée s’est poursuivie avec un « Famille en or » revisité, où chacun a joué le jeu avec enthousiasme.
Une belle manière de clore cette journée mouvementée.